L’ex-préfet mêlé à un trafic de «mercure rouge»
Par Lucy Komisar, avec Beat Kraushaar et Henry Habegger
Dimanche (Lausanne), 14 décembre 2001
Pour vendre 600 kg de matériel nucléaire à des Saoudiens, l’ex-conseiller national UDC et son notaire ont pris moult précautions. Berne ouvre une enquête.
Mercredi, le Ministère public de la Confédération a reçu un envoi curieux en provenance des Etats-Unis: un paquet de documents explosifs attestant l’existence d’un vaste trafic de mercure rouge via la Suisse pour un montant de 200 millions de francs. «Mercure rouge est le nom de code donné à toutes sortes de matériel nucléaire passé en contrebande», précise Hansruedi Indermühle du laboratoire AC de Spiez; cette notion floue englobant uranium, plutonium, césium voire osmium 187 et autres contrefaçons.
Sur la face suisse du deal, on trouve le flamboyant Bernard Rohrbasser, ancien préfet de la Veveyse et ex-conseiller national (UDC/FR), son notaire, R. et le commerçant R.S. (noms connus de la rédaction). Autres protagonistes: le Département fédéral des affaires étrangères et les autorités de Cointrin. Vendeurs: des militaires russes. Destinataire: un envoyé de la famille royale saoudienne. Tant Rohrbasser que le notaire le confirment. Après enquête, il apparaît que le notaire R. avait attesté l’existence d’une ligne de crédit de 200 millions pour financer la transaction nucléaire. «Sans cet affidavit, les Russes ne seraient pas venus ici», se souvient le notaire. Rohrbasser ayant fourni une attestation garantissant la légalité de l’opération, cette énorme somme a été débloquée. Ecrite sur papier à en-tête du Conseil national, la garantie précise que le DFAE et le DMF ne considèrent pas le mercure rouge comme du matériel de guerre, celui-ci «peut dès lors être librement commercialisé en Suisse». Malgré le caractère brûlant du document, le DFAE n’a pas jugé bon d’intervenir.
Le notaire se souvient: «Une fois en possession de ces assurances, j’ai eu la visite d’un colonel russe dans mon étude à Yverdon.» D’entente avec l’acheteur saoudien, 20 bouteilles contenant chacune 30,23 kg de mercure rouge allaient arriver en Suisse. Prix au kilo: 330000 francs. Total de l’affaire: 200 millions. R raconte ensuite qu’il a «organisé l’arrivé de la matière radioactive». La procédure était claire: les 600 kg devaient parvenir à Cointrin par avion. «Nous avons discuté avec la douane et la police de l’aéroport, nous aurions sécurisé une partie de l’aéroport. Il me semblait que c’était un film de James Bond.» Tout comme Rohrbasser, le juriste prétend que l’affaire n’a finalement jamais été conclue. Mais un informateur anonyme est formel: «L’affaire a été menée à bien.»
Détail curieux: en 1994, la police fédérale a effectué une descente dans l’étude yverdonnoise. Les limiers emportèrent tous les documents concernant le mercure rouge. «Mais la police m’a rendu tous les documents. Depuis, je n’ai plus jamais entendu parler de cette affaire», explique le notaire.
Mais ce calme risque bien de se muer en tempête: le Ministère public a confirmé avoir reçu les documents incriminants. «Nous sommes en train d’enquêter et vérifions s’il n’y a pas eu délit pénal», déclare le porte-parole Hansjürg Mark Wiedmer
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- By Lucy Komisar
- Posted Friday, December 14, 2001
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